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Francophonie


04 - 03 - 2011

Francophonie : une jeune de Hô Chi Minh-Ville parle de ses souvenirs



Ma francophonie, au début de mes études, était ma francophobie. Je n'oublierais jamais mes premiers jours d'apprentissage de mes premières leçons de français. Je me souviens encore des premières séances de prononciation.

Ma classe avait à prononcer des sons qui n'existent nullement en vietnamien. Nous, élèves vietnamiens, habitués à des sons labiaux, devaient forcer les muscles buccaux pour certains sons nasaux très durs. Certaines de mes amies pleuraient en articulant répétitivement certains sons étrangers : un, deux, lui, tu, qui, quand… Oh là là, c'est facile comme un oeuf de Colombe.

Et la grammaire française, aussi compliquée que les Français ! Comment ils arrivent à inventer tous les temps et modes dans les verbes ! En vietnamien, on n'a qu'à ajouter un terme à côté du verbe pour exprimer le futur ou le passé. En français, il y a tout un tas de suffixes à ajouter au verbe pour exprimer toutes sortes de temps et modes. J'ai l'impression que les Français, chaque fois qu'ils veulent faire une phrase, doivent regarder leur montre, le calendrier ou la météo.

Le sexe fait le comble : l' homme, le garçon, c'est du masculin; la fille, la femme, la grand-mère, c'est du féminin, d'accord. Mais, la maison est du féminin et le crayon est du masculin : je capitule !

Devant de multiples exceptions grammaticales qui nous font gonfler la tête, mon professeur garde du sang froid : les exceptions confirment la règle.

Mes bagages de français assez chargés, je commence à lire en français, ce qui m'aide à parcourir et découvrir le "jardin des fleurs" français : culture, civilisation, mode de vie, vision… des Français. Je découvre qu'à part la tour Eiffel, la Vache qui rit, la France adopte encore le Louvre et 365 fromages. Je dévore les livres français. Les écrivains français m'ont envoyée dans l'univers voyager en avion avec Le petit Prince. Notre avion tombe dans l'eau, je navigue alors 20.000 miles dans les océans avec Némo. Mon coeur palpite entre le Rouge et le Noir et j'ai le coeur gros pendant 93 jours de la vie des Misérables. La peinture française me donne une autre optique. À midi, je me régale d'un beau déjeuner sur l'herbe. À minuit, je rêve des filles, toutes en cube, belles comme un camion tout neuf.

Certains touristes français que j'ai l'occasion d'accompagner m'ont révélé d'autres expressions et ont corrigé mes fautes de français. J'ai appris que "prendre de la brioche" n'a rien à voir avec les belles brioches dans la pâtisserie devant mon école. "Tomber dans les pommes" ne se passe pas obligatoirement dans les pommiers. "La cochonnerie" ne regarde pas du tout les beaux petits cochons courant dans mon village natal. Plus loin encore, "à voile et à vapeur" ne concerne pas les bateaux à voile et au moteur dans la baie de Ha Long. Dans un domaine plus pratique, quand un touriste français me dit qu'il a mal au coeur, je dois comprendre qu'il ne s'agit pas d'une crise cardiaque, donc il faut lui montrer les toilettes plutôt que l'hôpital.

Toutes mes découvertes curieuses dans ma francophonie me poussent ensuite à la FRANCOFOLIE. Je cherche des journaux francophones à lire. Le kiosque devant l'hôtel Rex est le seul endroit où on peut en trouver dans le commerce. Je cherche des films et chansons français à admirer. Malheureusement, la plupart des chansons françaises chantées ou écoutées au Vietnam aujourd'hui sont aussi âgées que ma maman ou mamie. Je murmure Les feuilles mortes sans connaître l'automne, je chantonne Tombe la neige sans image d'hiver car au Vietnam, un pays des Tropiques, on n'a que deux saisons : saison sèche et saison des pluies.

À Noël, on met du kapok sur le sapin de Noël à la place de la neige.

Ma francofolie s'amplifie tellement que j'ai failli chercher à épouser un Français pour pouvoir pratiquer le français à vie jusqu'au jour où je me promène avec un touriste dans un village au delta du Mékong. Le touriste m'a montré une herbe dont la feuille est large de 4 cm, long de 80 cm, rigide, pointue et épilée en me disant : cette herbe s'appelle "langue de la belle mère" en français !

Après la culture, la civilisation française, j'ai découvert l'histoire de France et les Français eux- mêmes.

Quant à ma carrière, je souhaite trouver un bon travail dans une entreprise française à la sortie de l'université (mais pas une entreprise commerciale car les Français ne sont pas doués pour le commerce, dirait-on) Pratiquer le français tous les jours, travailler avec des Français, échanger des connaissances culturelles avec des Français pour une meilleure interférence, ce serait mon sommet de la francophonie.

Lieu LYLY/CVN

4/3/2011

http://lecourrier.vnanet.vn/lecourrier/fr-fr/details/9/francophonie/40799/francophonie%C2%A0-une-jeune-de-ho-chi-minh-ville-parle-de-ses-souvenirs.aspx


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